"Home" de Yann Arthus-Bertrand

Publié le par Arno

Rachel, elle voulait voir "Home" de Yann Arthus-Bertrand sous prétexte que c'est réalisé par un grand photographe ("La terre vue du ciel") qui fait de très belles photos de la nature et parce que c'est un beau documentaire écolo qui éveille les consciences et blablabla et blablabla.

Je sentais le truc foireux. Et puis après l'avoir vu, je dois reconnaître que je ne m'étais pas trompé.

En fait, c'est super foireux comme film. Et pas parce que c'est produit par EuropaCorp, la société de production de Luc Besson, et que je m'attendais à voir des courses poursuite avec des Audi survitaminées et tout. Pas du tout. Je savais à quoi j'avais affaire avec "Home". Seulement, je sais pas pourquoi, ce film, je le sentais mal et j'avais bien raison.

Bon, tout d'abord, la bande annonce, pour vous donner une idée du truc ou pour vous rafraîchir la mémoire :



Et pour voir la vidéo complète (puisque c'est totalement gratos), c'est
ici.

Bon, comment aborder le truc... Je vais faire dans le classique : La forme et le fond


La forme :

 Les plans séquences et les longs travellings aériens.

Yann Arthust-Bertrand
nous avait montré qu'il est très fort pour prendre des photos. Et là, les plans séquences sont vraiment très beaux. Ce n'est pas seulement des points vers lesquels on s'approche ou dont on s'éloigne, il y a vraiment une très belle mise en scène exploitant uniquement le travelling. Très fort tout de même le gars !

 
L'esthétisme

On retrouve le même esthétisme qu'il y avait dans ses photos. Et même une usine qui crache de la fumée ou une rivière de sable duquel a été extrait du pétrole, il arrive à rendre ça esthétique. Chapeau !

 
Le ton

La voix off et le texte mélangent à la fois un ton moralisateur et faussement candide avec une petite pointe de mysticisme. On aime ou pas. Rachel a trouvé ça très "chouette". Personnellement, j'ai vite saturé.


Le fond :

Bon, là, autant l'admettre tout de suite, j'ai eu du mal à rentrer dans le discours écolo parce qu'on a là un très bel exemple de "Il faut sauver la planète parce qu'on la massacre et c'est mââââl".

Non pas que je sois hermétique à la problématique environnementale, mais le discours "Ensemble, on va tout sauver", pas facile d'y souscrire avec les arguments qui sont utilisés dans le documentaire.

Je m'explique...

 
Etat des lieux

Pendant tout le film, on a droit à une petite série d'affirmations qui marquent les esprits :

"La moitié de la richesse mondiale est détenue par 2% des plus riches"
"La banquise arctique a perdu 40% de son épaisseur en 40 ans"

à défaut d'être toujours très précises :

"La moitié des pauvres de la planète vit dans des pays riches en ressources" (?)

Je sais pas pourquoi, mais ces phrases synthétiques, j'arrive pas toujours à leur accorder le crédit qu'elles semblent mériter.

 Le coup de la culpabilisation responsabilisation

Cette approche s'appuie sur la formule "Il faut devenir des consommateurs responsables". Ce qui sous entend que jusqu'à présent, on ne l'était pas, et que si on conserve notre comportement, ce sera de notre faute si y'a plus de banquise sous les pattes des ours polaires.

Mouais...

J'ai plutôt tendance à penser que le pouvoir sur le commerce international n'est pas dans nos habitudes de consommation mais dans les bureaux de l'OMC. Et pour faire bouger l'OMC, il vaut mieux aller voter plutôt que de n'acheter que du café issu du commerce équitable ou de se dire qu'il faut boycotter Total parce que c'est pas bien ce qu'ils font au Gabon. Donc ce serait plus efficace de devenir de vrais citoyens du monde plutôt que des consommateurs responsables.

D'ailleurs, je suis plus optimiste quand je vois plein de verts qui vont siéger au parlement européen que lorsque je reçois un mail qui propose d'éteindre la lumière mardi prochain entre 19h45 et 20h...

 
L'espoir

Parce que la fin du documentaire se termine avec une super grosse note d'espoir.

Après avoir réalisé à quelle vitesse on détruit notre planète, on nous annonce le super constat qui va nous encourager à agir vite :

"Il ne reste pas plus de 10 ans à l'humanité pour inverser la tendance et éviter de franchir la frontière de cette terre inconnue qui serait désormais la nôtre"

Mais comment il nous sort 10 ans comme ça !?!?!?!?

Surtout qu'on n'était pas préparer à croire en des prédictions de ce style. Quelques minutes plus tôt, il nous disait que "la calotte glacière à commencé à fondre à un rythme que même les scientifiques les plus pessimistes n'imaginaient pas il y a moins de 10 ans" ou encore que "nul ne peut prévoir les conséquences" de la libération du méthane, "gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone", sour le permafrost de la Sibérie.

J'en avais conclu qu'on peut rien anticiper. Et puis en fait si ! Il reste 10 ans ! Pas plus !  

Bon ok pour 10 ans pas plus...

Et à partir de là, dans les 10 dernières minutes du documentaire, on a droit à une série de "J'ai vu...".

Très bon ces "J'ai vu...". Ca lui donne un petit air de prophète mais comme il s'agît de cas concrets, on écoute attentivement.

C'est ainsi qu'on a droit à l'apologie de l'investissement dans l'éducation ("4 enfants sur 5 vont à l'école") , la recherche, l'innovation.

Puis une série d'exemples de bons comportements tels que la préservation de la nature (même si c'est encore un peu faible), le développement du commerce équitable et des
écoquartiers (même si on en est encore au début).

Et surtout, la priorité donnée au développement des énergies renouvelables. Même si 80% de l'énergie que nous consommons provient des énergies fossiles. Et même si chaque semaine, deux centrales à charbon se construisent en Chine. C'est pas grave, parce que pendant ce temps-là, au Danemark, on expérimente un prototype de centrale à charbon qui recrache le dioxyde de carbone dans le sol plutôt que dans l'air. J'ai quand même du mal avec ce parallèle. Il reste tout de même moins de 10 ans, non ? Et nos habitudes donnent encore une sacrée inertie pour changer de cap aussi rapidement...

Bref, le positivisme final, j'ai eu du mal.

Mais bon, ça reste tout de même un beau documentaire agréable à regarder.

En fait, ce documentaire, il faudrait le regarder en coupant le son et en écoutant à la place quelque chose comme "L'aube" de Peer Gynt (une référence cinématographique s'est glissée malicieusement dans cette dernière phrase. Reconnaîtras-tu la savoir ?)


[EDIT] solution ici.

Références :
http://www.home-2009.com/fr/index.html

D'autres critiques :
http://jeromechoain.wordpress.com/2009/06/07/jaime-home/
http://www.vinvin.org/2009/06/home-laisse.html

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Aschenputten 17/06/2009 09:54

Bon, ben je suis en baisse de niveau en devinettes...

Arno 17/06/2009 09:55





Aschenputten 16/06/2009 22:18

Je ne l'ai pas encore vu. Mais je vais le faire.PS: Peer Gynt?

Arno 17/06/2009 08:31







Kevin 16/06/2009 09:38

Oh la honte, Arno, confondre Luc et Eric. Vous avez de la chance d'avoir pu corriger avant que je ne vous chope, vous ne vous en seriez pas remis.Bref ce film ne m'intéresse pas trop, et puis Besson est un peu con, non ? (notez qu'en omettant le prénom, seul celui qui se sentira visé pourra me faire un procès ;) )

Arno 16/06/2009 09:43


Mais oui ! la honte !
Mais je le prends avec humour.
C'est pourquoi j'ai corrigé la boulette en laissant le commentaire


superscream 16/06/2009 09:07

Il y a une erreur dans votre article !!!!!!!!!!C est pas eric besson mais luc  car le seul eric que je connais c est eric zemmour et lui il se moque de l ecologie, il aime qu une chose en mettre plein la tete au gens :D

Arno 16/06/2009 09:15


Hahaha ! Le gros lapsus !
Merci d'avoir été attentif, mon cher superscream.
Je viens de corriger


M. 16/06/2009 09:01

Te laisse pas avoir. Si Rachel est comme ma soeur, elle regarde les documentaires de Yann Arthus-Bertrand parce qu'il est beau...

Arno 16/06/2009 09:16



Evidemment ! Pour quoi d'autre, sinon ?