"Intouchables" de Eric Toledano et Olivier Nakache

Publié le par Arno

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Avec Natacha, on s'était pointé dimanche au cinéma pour aller voir "Intouchables". Hé bien on a eu des problèmes !

 

Pour la séance de 14h. C'était complet. Pour la séance d'après, à 16h et des cacahuètes, c'était complet aussi. Alors on a pris les billets pour la séance de 19h. C'était la première fois que je voyais ça.

 

Et cette petite anecdote personnelle, elle venait gentiment se greffer sur d'autres éléments qui indiquaient que ce film alalit être énorme : un super démarrage à fond les ballons. Tout le monde qui en parle. Du bouche à oreille qui fonctionne du feu de Dieu. C'est simple : on lui prédit de faire mieux que les ch'tis de Dany Boon !

 

Et ça m'a conforté dans mon idée comme quoi j'allais pas être déçu par ce film pour lequel je commençais déjà à me faire une idée de ce que j'allais y trouver : de la comédie et de l'émotion.

 

D'ailleurs, il n'y avait pas trop besoin de fantasmer sur le sujet, la bande annonce est suffisamment explicite :

 

 

 

Et à la sortie, est-ce que j'ai vraiment trouvé ce que j'attendais dans ce film ? Le bilan est mitigé.

 

De la comédie

Le principe de ce type de comédie repose sur un schéma classique : la rencontre de deux individus, qui s'opposent d'une manière ou d'une autre, qui va générer une série de situations bidonnantes. Ce qui peut les opposer, c'est leur personnalité, leurs origines, leur niveau social, etc.

 

Ici, on a d'un côté Driss, un noir qui vivait gentiment au Sénégal jusqu'au jour où il se fait récupérer par son oncle et sa tante qui ne pouvaient pas avoir d'enfants. Il débarque ainsi en France alors qu'il est môme. Et puis finalement tonton et tata peuvent avoir des enfants. Du coup, il est un peu mis de côté. Et puis le tonton meurt. C'est alors que tata elle rencontre plein d'hommes qui lui font à chaque fois un gamin. Au final, tout ce petit monde, constitué de Driss, la tata et de tous les gamins, vit dans une HLM où apparemment c'est pas forcèment facile très simple de vivre parce qu'aux dernières nouvelles, Driss vient de passer six mois en prison et un des gamins commence à bosser pour des dealers. La banlieue, c'est pas rose...

De l'autre côté, on a Philippe, un blanc qui a connu la réussite et qui est très riche. Il vit dans une grande et belle maison à Paris avec des gentils domestiques. Il est super cultivé. Amateur d'art. Il a connu le grand amour. Un amour inoubliable. Mais elle était condamnée. Alors elle est morte. Et Philippe il est malheureux. Et puis le second drame de sa vie, c'est un accident de parapente qui lui a flingué deux cervicales. Du coup, il s'est retrouvé tétraplégique. Et zou dans le fauteuil.

 

Comme vous pouvez le constater, les personnages s'opposent sur pas mal de points. Et lorsque Driss devient l'aide-soignant de Philippe, on a là un bon terrain pour un déferlement de situations comiques.

 

Hormis le fauteuil roulant, ça m'a fait penser à "On peut toujours rêver" (1991) de Pierre Richard où l'on voyait ce dernier, alias l'Empereur, qui se fait chier à la tête de son empire industriel et qui embauche Smaïn pour avoir auprès de lui quelqu'un qui ne le craint pas et qui le dépayse de ses habituels lécheurs de bottes.

 

De l'émotion

 

Dans ce genre de comédie, on s'attend à ce que l'émotion vienne du fait qu'au fur et à mesure que l'on avance dans l'histoire, les personnages, présentés de manière caricaturale au début, révèlent à l'autre leur réelle personnalité, se découvrent des points communs avec toute la complexité d'un individu qui dépasse tous les clichés. Et le rapprochement des personnages sur des valeurs humaines universelles.

 

Ainsi, dans "On peut toujours rêver", on a la scène où Pierre Richard et Smaïn contemplent la Joconde au Louvre et où l'Empereur se livre et zou il parle de sa solitude à un Smaïn attentif.

 

Dans "Intouchables", j'ai pas vraiment ressenti ça. Il y a des moments émouvants, certes, mais qui ne nous ont pas véritablement transportés. Et n'allez pas croire que c'est parce que j'étais beaucoup plus sensible que ça en 1991 avec Pierre Richard ! Vous feriez fausse route, puisque plus récemment, "Bienvenue chez les ch'tis" (2008) de Dany Boon, j'ai trouvé ça émouvant ! Ben ouais, j'en suis pas super fier, mais avec le recul et en comparant avec "Intouchables", je trouve que les ch'tis, c'est plus subtil et plus émouvant.

 

C'est pourquoi j'assume le fait que je n'ai pas trouvé beaucoup d'émotion dans ce film. Et le fait ultime qui me confirme que l'émotion passe mal, c'est que Natacha, elle a pas chialé. A aucun moment, Et ça, c'est un sacré indice. Natacha, elle a chialé devant "Karaté Kid" ! Vous voyez la scène où le petit sankukai il se fait laminer la jambe mais il continue le combat ? Ben c'était les chutes du Niagara sur le visage de Natacha ! Et là, que dalle ! Même pas un oeil embué. Rien. Stoïque qu'elle était. Alors soit mon détecteur d'émotion était en panne ce soir-là, soit y'a effectivement pas d'émotion qui nous a atteint.

 

 

Du quelque chose d'autre

 

Alors on se marre dans ce film. Ca c'est sûr et c'est très bien. Par contre, pas trop d'émotion. Mais alors si y'a pas trop d'émotion, on y trouve quoi d'autre ? Ben un petit quelque chose qui fait bizarre.

 

Parce que derrière le "basé sur une histoire vraie" qui aurait tendance à nous endormir et à nous faire accepter sans réfléchir le film tel qu'il nous est servi, il y a quand même quelques points qui sonnent curieusement.

 

Tout d'abord, les aide-soignants qui viennent passer des entretiens pour s'occuper de Philippe nous sont présentés comme des débiles qui répondent bizarrement aux questions lors de leur entretien d'embauche ("je fais ça pour l'argent !", "j'aime être aide-soignant parce que j'aime bien les gens diminués"). Alors on aurait pu comprendre, en nous montrant que les infirmiers sont consensuels, trop professionnels, que Philippe ne voulait pas être traité comme un malade qui génère de la compassion (c'est d'ailleurs explicité dans le film), mais fallait-il pour cela faire passer les infirmiers pour des débiles ?

 

Et puis le truc un peu plus bizarre, c'est l'échange qu'il y a entre les personnages. Au début du film, Driss sort de prison, il a pas de boulot, il vole dès que l'occasion se présente, il se fait jeter de chez sa mère adoptive, il laisse son "frère" se faire récupérer par des dealers. Mais grâce à Philippe, il va parvenir à maîtriser les codes qui lui permettront de réussir. Et on le voit plus particulièrement lors de la scène de l'entretien d'embauche lorsqu'il fait remarquer à la RH qui le reçoit qu'elle fait des alexandrins et qu'il reconnaît un tableau de Dali. Tout cela aboutissant au plan fixe où l'on voit la RH visiblement conquise par l'éducation du candidat.

A l'inverse, Philippe a profité de la vitalité et de l'énergie de Driss. Mais de sa culture, rien. Driss l'initie au funk. Mais il n'a pas l'air de l'intégrer (il y a pourtant des mix de funk ou autre avec de la musique classique, ça aurait pu être intéressant d'exploiter ça). Philippe se met à fumer des joints. Mais à titre thérapeutique. Dans une scène, il se met à parler comme Driss "je la kiffe... grave". Mais on y voit là juste un effet comique. Est-ce que dans une seule scène Philippe mange un grec salade / tomate / oignon sauce blanche? Même pas !


Alors ce déséquilibre au niveau des échanges entre les deux personnages, ça donne une drôle d'impression un peu regrettable.

 

 

Ce qui reste

 

Mais je chipote, car le film remplit quand même sa mission première : faire rire.

 

Omar fait du Omar. Et c'est agréable de le voir en faire des tonnes avec son grand sourire communicatif. Et puis, François Cluzet, toujours aussi efficace.

Je m'attendais à une comédie dramatique. Ce n'est finalement qu'une comédie. Mais une très bonne comédie. 

 

 

En conclusion, "Intouchables", c'est super drôle. On rigole quasiment tout le temps. Et accessoirement, ça fait se rendre compte que "Bienvenue chez les ch'tis", c'est finalement subtile et émouvant.

 

 

Références :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/211161;intouchables-pourquoi-je-deteste-ce-film-et-son-succes.html

 

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Kevin 01/12/2011 09:30


Vous vous touchez, Arno.


Mais le fait que vous n'ayez vu aucune émotion dans ce film donne presque envie de le voir. Y a rien de pire qu'une comédie qui veut vous faire chialer avec des bons sentiments.


Je serais heureux d'apprendre que ce n'est pas le cas ici.

Arno 01/12/2011 23:27



Ouhla ! Attention ! J'ai pas dit que ce film ne cherche pas à émouvoir ! J'ai juste dit qu'il n'y parvenait pas.