"Et maintenant on va où ?" de Nadine Labaki

Publié le par Arno

http://static.lexpress.fr/assets/287/poster_147121.jpgTout ça a commencé avec une réflexion de Gaëtan comme quoi y'aurait rien de bien au cinoche actuellement. Et parce que ce genre de réflexion, je le crois pas que ce soit vrai, je suis parti à fond les ballons pour démontrer que si, bien sûr, y'a des films bien au cinoche actuellement.

 

C'est comme ça que j'ai découvert "Et maintenant on va où?", le dernier film de Nadine Labaki. Celle-là même qui avait fait le succulent "Caramel" en 2007. Forcèment, conquis par son premier film, je me sentais capable de lui faire confiance pour son nouveau film.

 

Bien évidemment, Gaëtan, il était moins emballé que moi après avoir lu le pitch. Et j'ai pas réussi à le rassurer. Je m'en doutais.

 

Par contre, dans la foulée, je l'ai proposé à Natacha. Elle a été un peu plus réceptive. Si bien que le soir-même, je me retrouvais le cul vautré dans un confortable siège avec une poche de crocodiles haribo sur les genoux et le regard réprobateur de Natacha sur moi. Mais c'est bon ! Encore 2 ou 3 crocos et je remets la poche de bonbecs dans le sac ! (si je me suis pas grillé sur mes origines, là...)

 

Bref, je suis allé voir "Et maintenant on va où?" dont voici la bande annonce pour ceux qui voudraient avoir un petit avant goût :

 

 

Et donc, est-ce qu'il est bien ce film ? Est-ce qu'il est à la hauteur de "Caramel" ?

 

Bah pour faire rapide : non ! Ca m'a d'ailleurs un peu dégoûté de ne pas retrouver ce qui m'avait tant séduit dans "Caramel".

"Caramel", ça traitait de plein de sujets différents, des sujets souvent graves dans la société libanaise, mais avec beaucoup de simplicité et d'humour. Ici, on se concentre sur les conflits entre communautés de religions différentes. Point.

 

Et puis dans "Caramel", tous les personnages avaient des bons et des mauvais côtés. Ici, on a une opposition claire entre les hommes et les femmes. Les hommes étant sympathiques mais violents. Les femmes étant sages et responsables. Point.

 

Je développe...

 

Tout se passe dans un petit village isolé. Quand je dis bien isolé, c'est vraiment isolé. Le contact régulier avec l'extérieur étant les aller-retour d'un mec qui va à la ville la plus proche pour faire les courses pour les villageois et une télé quand ils trouvent un endroit d'où ça capte bien.

 

Et tout commence avec cette télé et une information diffusée au journal télévisé selon laquelle des échanges de tirs ont eu lieu dans une autre ville entre des chrétiens et des musulmans. Sentant que cela risque de générer à nouveau des drames au sein du village, les femmes décident de résister à une contagion de la violence qu'elles ne veulent plus inéluctable. Car elles ont bien raison de la sentir inéluctable, cette contagion de la violence. Parce que les mecs, c'est vraiment des gros débiles qui se foutent sur la gueule à la moindre occasion. Et là, ils en ont une belle, d'occasion.

D'ailleurs, ils s'en donnent à coeur joie pour foutre le boxon. Fini les motifs à la con pour se taper sur la tronche, genre "il m'a piqué ma casquette" (même si ça reste quand même un grand classique dans le village). Là, ils peuvent élever le niveau genre laisser rentrer les chèvres dans la mosquée. Et ça, les mulsulmans, ils apprécient pas trop. Ou bien encore verser du sang de poule dans le bénitier de l'église. Du coup, c'est au tour des chrétiens de pas être contents. Plus tard, à la mosquée, les chaussures des musulmans disparaissent pendant l'heure de la prière. Et vlan, les musulmans volent dans les plumes des chrétiens. Bref, c'est l'escalade et ça part dans tous les sens.

A tel point que les femmes finissent par devoir intervenir systématiquement en leur faisant la morale ("non mais c'est quoi ça ? ça se dit être des hommes mais ça fait n'importe quoi !") pour calmer le jeu parce les mecs cassent tout, se tapent dessus et bousculent même un petit enfant qui était juste au mauvais endroit au même moment. Du coup, pour enrayer cette montée de la violence plus efficacement, elles décident de s'organiser. Et elles trouvent les solutions suivantes pour contrer ces gros débiles que sont les mecs :

L'isolement

Dans un monde où il y a tant de violences, la première initiative des femmes pour empêcher que cette violence ne pénètre dans leur propre village est de censurer ce qui se passe à l'extérieur. Du coup, lorsque tout le monde est devant l'unique poste de télévision du village et qu'aux actualités, on annonce une nouvelle confrontation interreligieuse, les femmes commencent à piailler pour couvrir le son de la télé. Du coup, les mecs ne peuvent plus suivre les actus. Ils ont rien vu passer. Tout va bien. Par la suite, comprenant que cette stratégie ne tiendra pas longtemps, elles décident de détruire la télé purement et simplement. Bien ouéj', les femmes !

Mais ça ne suffit pas car c'est sans compter sur la presse écrite et les journaux qui arrivent le matin ! Mais pas de soucis, elles ont à nouveau la solution : les journaux finissent dans le four.

Bref, l'idée est simple mais terriblement efficace : quand il n'y a plus d'informations provenant de l'extérieur, il n'y a plus de propagation de la violence. Comme quoi, le repli sur soi-même semble être le meilleur choix pour lutter contre la violence quand elle est à nos portes. A méditer.

Le divertissement

Les mecs, si tu veux être sûr de les calmer, il faut leur présenter des jolies nanas. Et ça, les femmes du village l'ont bien compris. Elles ont également compris qu'elles-mêmes, elles ne sont pas des jolies nanas. Alors elles font venir des danseuses ukrainiennes dans le village pour qu'elles détournent l'attention des mecs sur elles.

Du coup, les mecs deviennent des gros benêts qui vont par exemple tous collaborer pour faire la chaîne et remplir d'eau un grand trou pour qu'elles puissent y tremper leurs jolies pieds.

 

Et puis avoir une jolie nana à leur table, ça va aussi les empêcher de penser à comment s'organiser pour aller taper sur la gueule des autres. A la place, ils restent silencieux, ils sourient bêtement quand la jolie nana dit un truc et ils sont vingt à sauter sur le pichet quand elle exprime le désir de boire un verre d'eau. Ouaf ouaf, les mecs !

La drogue

Malheureusement, malgré tous leurs efforts, un jeune garçon se fait tuer lors d'un échange de tirs alors qu'il revenait de la ville où il était allé faire les courses pour son village.

Sentant que là, il y a un gros risque que les mecs se tapent sur la gueule avec des trucs plus tranchants et plus pénétrants que leurs simples poings, les femmes décident de frapper un grand coup en organisant une grande réunion pour laquelle elles préparent un repas avec plein de trucs à bouffer remplis de haschich.

 

Du coup, forcèment, au bout de quelques heures, ils se mettent tous à rigoler comme des gros débiles (enfin, je veux dire encore plus débiles qu'ils ne sont quand ils sont dans un état normal). Bref, le délire total et du coup, le drame passe plus facilement. Peace, bro' ! Et n'oublie pas de faire tourner...

 

 

 

Alors je reconnais qu'à la fin, au risque de vous spoiler la chute du film (mais en toute franchise, je m'en tape un peu), il y a quand même une petite pirouette assez subtile lorsque les femmes échangent toutes leur foi. On a alors la chrétienne qui se met à faire la prière du matin sur un tapis tourné vers la Mecque et la musulmane qui fait brûler de l'encens et bénit son fils.

Et le résultat de cela est assez incroyable car du coup, les mecs semblent alors comprendre qu'ils peuvent vivre avec quelqu'un qui a une foi différente de la leur. Et donc voilà, tout finit bien et on peut enfin aller enterrer le gamin qui est mort plus tôt.

 

Sauf qu'une fois arrivés à l'entrée du cimetière, ils savent pas s'ils doivent apporter le cercueil dans le carré musulman ou chrétien. "Et maintenant on va où ?". Tous leurs repères sont en vrac. Ils sont tous perdus. Sérieux, les mecs, sans les femmes, ça peut rien faire.

Pourtant, on est bien obligé de penser que la solution tient dans cette petite pirouette finale. Parce que sinon, tout ce qu'on retient, ce sont les trois solutions que je vous ai énumérées et qui laissent penser que pour avoir la paix, il vaut mieux les maintenir dans l'ignorance et les divertir à coup de jolies nanas et de drogue. Et ça, on peut pas trop l'accepter, si ? En fait, je sais pas, je suis un mec, je suis un gros débile moi aussi

Mais bon, sinon, il y a quand même quelques scènes et quelques répliques drôles qui étaient à ma portée.

 

Et puis il y a aussi un petit côté onirique dans ce film (ça je l'ai piqué dans un article lu ailleurs) avec les quelques chansons qui ponctuent le film et qui ajoutent un peu légèreté à l'ensemble.

 

D'ailleurs, on va finir avec une chanson. C'est bien de finir avec une chanson. Et pour cela, je choisis celle interprétée lorsque les femmes du village préparent le repas à base de haschich parce que c'est celle que Natacha fredonnait pendant une partie de la soirée en sortant du cinéma. Alors je me dis que c'est sans doute la chanson qui marque le plus. 

 

 

Références :

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=189935.html

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/et-maintenant-on-va-ou_1029734.html

http://www.rue89.com/2011/09/18/et-maintenant-ou-on-va-film-humaniste-pas-feministe-222363

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guillaume 07/10/2011 00:42



Arno,


comment faites-vous ? Vous prenez des notespendant le film ? Dans le noir, le crayon au milieu des M&M's ? Joli regard sur le film qui est un peu bric-brac et assez maladroit ! Quelques beaux
moments cinématographiques comme cette marche des femmes chorégraphiée au début, la scène de télévision collective, les marques rouges sur le front des chrétiens au sortir de la messe...


Mais bien sûr qu'il y a des films interessants : Les "charmants" Biens Aimés, La "transandante" Appolonide, les films de genre "Drive" et "La Piel que Habito"...



Arno 09/10/2011 21:47



Non, je note rien. J'ai juste pris l'habitude de collecter un maximum d'arguments pour pouvoir ensuite débattre avec Natacha. Parce que elle, elle note vraiment tout.


Sinon, la chorégraphie au début du film, elle est effectivement très belle. Par contre, la scène de télévision collective, je l'ai trouvée moyenne. Mais c'est surtout parce que je l'ai
comparée à un film turc, "Televizyon", qui a une scène semblable et beaucoup plus émouvante.


Et pour les films intéressants que vous mentionnez, je vais tenter d'en voir un ou deux prochainement