"Le soleil" d'Alexandre Sokourov
"Le soleil" d'Alexandre Sokourov, c'est pas d'actualité parce qu'il date de 2005, mais yoye2000 a récemment fait un billet sur ce film qui m'avait donné envie de le voir. Donc je l'ai vu, et maintenant, je vous en parle.
L'histoire, c'est celle de l'Empereur Hiro-Hito sur la période de sa vie qui va de la reddition du Japon qu'il annonce le 14 août 1945 et de sa renonciation à son ascendance divine, le 1er janvier 1946, qui le réduira à un simple symbole du pays.
Cependant, il ne faut pas s'attendre à voir un film historique. De l'aveu du réalisateur lui-même, le film s'attache plus à développer une vision personnelle du personnage qu'à être fidèle aux faits réels. Y compris lors de la rencontre avec je général MacArthur.
Pour vous donner un peu envie de le voir en vous laissant entr'apercevoir l'ambiance du film, voici la bande annonce :
Comme le disait yoye2000, le film privilégie la forme et la narration est lente. Mais l'effet produit est d'un esthétisme à la fois troublant et attirant.
Troublant parce que la période n'est pas des plus joyeuses : l'Empereur Hiro-Hito est tout de même en train de prendre des décisions un peu importantes dans un contexte historique des plus tragiques. En plus, on se trouve souvent dans un bunker (et pour rendre un bunker esthétique, faut quand même assurer).
Et attirant parce que les décors sont simples. Les scènes se concentrent sur des actions minimalistes (essentiellement des conversations entre deux ou trois personnes) filmées en longs plans fixes et ne font intervenir que très peu de personnages à la fois.
Au final, on a quand même un beau film dans lequel il ne se passe pas grand chose (ou alors la subtilité de certaines scènes n'est pas à ma portée) mais que l'on suit gentiment, porté par l'esthétisme qui accompagne chaque plan.
En fait, à certains moments, ça me faisait penser à David Lynch. Pas qu'il s'agisse d'une histoire qui part dans tous les sens avec des interprétations multiples, mais dans la façon de filmer certaines scènes comme les conversations où chaque intervention d'un personnage est suivie d'un long silence avant que l'autre personnage ne réponde. Ou bien encore les personnages secondaires, pas forcèment importants dans une scène, mais qui se manifestent par une gestuelle qui attire l'attention.
Bref, un film à voir avec, je pense, des choses que l'on garde après l'avoir vu car ce personnage d'Empereur rempli d'un désir de vivre mais écrasé par son statut ne laisse pas indifférent.
Yoye2000 avait cité le passage dans lequel l'Empereur dit à l'Impératrice "j’ai fait un poème, mais je ne sais pas encore ce qu’il veut dire" que j'ai également bien aimé.
Personnellement, le passage qui m'a le plus marqué est celui où il prend des poses à côté de rosiers pendant que des journalistes américains le photographient. Admirant les stars de cinéma américain dont il conserve des clichés professionnels dans un album photo, il demande ensuite à un américain s'il ressemble à ces acteurs. L'américain lui répond alors "Je ne vais pas au cinéma", anéantissant ainsi tout espoir de comparaison avec un monde pour lequel il n'a aucun accès. Et l'Empereur répond "Moi non plus" avant de retourner dans sa résidence.
Et puis on va finir par la vision cauchemardesque du bombardement de Tokyo par des avions en forme de poissons volants que l'Empereur Hiro-Hito a au milieu du film :
Références :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Soleil_(film)
http://archive.filmdeculte.com/film/film.php?id=1359