Tribute à Morton Heilig (1926-1997)

Publié le par Arno

Aux Etats-Unis, dans les années 50, alors que tout le monde bichonnait méticuleusement sa Plymouth et allait travailler le sourire aux lèvres pour pouvoir s'acheter à crédit le dernier téléviseur-toaster, il était un homme qui voyait grand, très grand. Et haut aussi, ouais, très haut. Son rêve - et il était l'un des rares à l'avoir - était de concevoir une machine pouvant immerger un individu dans un monde entièrement créé à partir de choses qu'elles sont pas vrai comme ça de prime abord. Un monde où tous les paramètres humainement perceptibles par l'homme seraient parfaitement reproduits. Tellement bien reproduits que quand tu vis une telle expérience, tu pourrais laisser échapper un "putain ça dérouille grave son bordel !". Ces mondes étranges, les hommes leurs avaient déjà donner le nom de réalité virtuelle, mais un homme allait leurs donner la vie : Morton Heilig.

Pendant les années 50 et aussi un peu dans le début des années 60, ce Morton Heilig avec son rêve, ils ont grave déchiré tous les petits gadgets de l'époque. Il était pas informaticien, ni ingénieur. Il était cinéaste à Hollywood et inventeur à ses temps perdus. Et son rêve venait d'une ambition toute bête. Tellement bête qu'on pourrait se dire "ouah mais qu'est-ce qu'il nous fait chier avec ça ?" Et c'était quoi cette ambition ? Ben, il voulait utiliser les 72% du champ de vision des spectateurs qui n'étaient pas concernés par la projection d'un film. Et là, vous vous dites "ouah mais qu'est-ce qu'il nous fait chier avec ça ?" Ben il voulait simplement faire vivre aux spectateurs des expériences visuelles totales de oufs. Il voulait projeter une image qui remplisse intégralement le champ de vision des gens. Rien que ça.

Par manque de financement, il ne put créer en 1962 qu'un seul prototype d'une machine qui présentait ce qui pouvait être réalisé: le "sensorama simulator" (brevet américain numéro 3 050 870). C'était un proto un peu avec des planches et des clous qui dépassaient, mais c'est pas pour autant qu'elle était pas formidable! Dans ce prototype, on pouvait faire un petit tour de moto dans les rues de Brooklyn dans des conditions proches de la réalité puisque faisant appel à quatre de nos cinq sens:

* L'intégralité du champ visuel était sollicité par le sensorama, l'immersion était grave totale. Le champ de vision était de 180° à l'horizontale et 155° à la verticale. Balèze, non ? La vidéo projetée fournissait des vues stéréoscopiques 3D et avaient été obtenues en scotchant trois caméras 35mm sur la tête d'un type qui se transformait ainsi en caméraman.
* En plus des images, des sons stéréo, en rapport avec ce qui était projeté, étaient diffusés par l'intermédiaire de 30 haut-parleurs.
* Compte tenu de la vitesse, un ventilateur envoyait un vent plus ou moins fort dans la gueule de l'utilisateur. Et aussi, des secousses au niveau du guidon étaient produites lorsque le moto se vautrait dans un nid de poule.
* Le spectateur pouvait également sentir des odeurs de jasmin et de hibiscus lorsqu'il passait devant un magasin de fleurs ou bien encore l'odeur du pain lorsqu'il passait à proximité d'une boulangerie.

Malheureusement, les innovations qu'apportaient le sensorama dépassaient les attentes des industriels. Il s'agissait d'un produit bien trop en avance sur son époque. Ce malencontreux rendez-vous manqué jeta le sensorama et son créateur aux oubliettes d'où il ne serait jamais sorti si Howard Rheingold n'avait eu la bonne idée de rappeler son aventure dans son livre "Virtual reality" (1991). Mais cette résurrection ne fût qu'éphémère et fit rentrer le nom de Heilig sur la liste des hommes que l'on cite non pas pour leur montrer notre reconnaissance mais juste pour se la taper sur son blog avec des articles pseudo geeko culturel. Non, franchement, on n'en sort pas grandi de tout ça.

Références :

http://www.mortonheilig.com/

Publié dans Culture

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