Le mort de la semaine : Mme Nagier

Publié le par Arno

Aujourd'hui, je ne pouvais pas ne pas parler de Mme Nagier, notre voisine du dessus.

Quand on a aménagé avec Rachel dans notre immeuble, on n'avait pas forcèment l'intention de sympathiser avec tous les voisins. Si bien que pendant plusieurs mois, on ne lui avait jamais parlé et Mme Nagier, pour nous, ça restait un nom écrit sur une boîte aux lettres.

Et puis l'année dernière, ils ont refait l'ascenseur dans l'immeuble. Donc pendant plusieurs jours, il n'y avait plus moyen de l'utiliser. Et ça, ça ennuyait Mme Nagier parce que pour monter ses commissions quand on habite au 4ème étage, l'ascenseur, c'était bien utile. Je m'en étais rendu compte lorsqu'un jour je l'avais croisée dans les escaliers en train de se reposer un peu alors qu'elle essayait de monter ses sacs. Ne pouvant pas la laisser toute seule comme ça, je lui avais proposé de l'aider.

Etant doné que le problème allait se reproduire, je lui avais suggéré de fixer les jours où elle aurait besoin d'aide pour monter ou descendre des affaires. Comme ça, elle était sûre de me trouver disponible. Et puis si elle avait besoin de quelque chose d'autre, je lui avais dit qu'elle n'avait pas à hésiter et qu'elle pouvait venir me voir pour que je la dépanne.

C'est comme ça que j'ai sympathisé avec Mme Nagier. Elle vivait toute seule. Son mari était mort il y a quelques années et elle n'avait pas d'enfant. Par contre, elle avait un frère. Mais comme il travaille à l'étranger, elle ne le voyait quasiment jamais. Donc chez Mme Nagier, on peut dire qu'il n'y avait vraiment pas souvent de visite.

Lorsque le nouvel ascenseur a été installé, elle n'avait plus besoin de moi mais on a continué à garder contact. Je veux dire, autrement qu'en se disant "bonjour" quand on se croisait dans le hall de l'immeuble. Donc de temps en temps, avec Rachel, on passait une soirée chez elle.

A Rachel et à moi, elle était devenue un peu comme une maman. Parce que moi, avec les parents de Rachel, c'est pas toujours évident. Faut que je fasse "propre sur moi". Sinon, y'a le papa de Rachel qui fronce les sourcils avec un air qui dit "Oh ! Ma Rachel, je la file pas à un guignol ! Alors t'as pas intérêt à faire le con avec elle !". Rachel, avec mes parents, c'est un peu pareil. Bref, y'a toujours ce côté qui fait qu'on doit essayer de plaire à ses beaux parents même si on sait que c'est peine perdue. Mais avec Mme Nagier, on s'en foutait de ça parce que Rachel et moi étions égaux devant elle.

Pour elle aussi je crois, nous étions devenus un peu ses enfants. Du moins c'est l'impression que ça donnait quand des fois elle nous apportait des crêpes qu'elle avait faites. C'était toujours la même histoire. Elle avait eu envie de crêpes mais à chaque fois, elle en faisait trop. Genre une vingtaine de crêpes de trop. Sacrée Mme Nagier !

Et puis un soir de la semaine dernière, alors que nous étions au lit avec Rachel, on a entendu un gros boom qui venait de l'appartement du dessus. Celui de Mme Nagier. En général, le soir, on l'entend pas. Elle n'a pas l'habitude de faire tomber des armoires ou de jouer au basket dans son salon. Donc ça nous a un peu surpris d'entendre ce boom.

Pour savoir si tout allait bien, je suis monté et j'ai tapé à sa porte. Mais ça ne répondait pas. Tout ça, ça sentait pas bon. Alors on a appelé les pompiers avec Rachel. Et puis tout s'est passé très vite quand ils sont arrivés. Ils ont ouvert sa porte, ils sont rentrés et ils l'ont embarquée sur une civière.

Avec Rachel, on a réalisé ce qu'il se passait qu'une fois dehors, sur le trottoir, avec la lumière des gyrophares des véhicules de secours qui balayaient nos visages. On n'avait pas droit à beaucoup d'infos parce qu'on n'est pas de sa famille. Tout ce que j'ai pu obtenir, c'est le nom de l'hôpital où ils l'emmenaient.

Un peu plus tard dans la soirée, j'ai appelé l'hôpital et puis ils nous ont annoncé la mauvaise nouvelle.

On est alors parti se coucher avec Rachel. Sans dire un mot.

Le lendemain matin, dans la cuisine, on a retrouvé l'assiette que Mme Nagier avait utilisée pour nous apporter des crêpes il y a deux semaines. On n'avait pas eu le temps encore de la lui rapporter. Et ça faisait tout bizarre de se retrouver devant cette assiette.

Je sais pas trop ce qu'il va se passer avec ses affaires. Mais j'imagine qu'ils vont tout vider chez elle. Ils vont louer l'appart à quelqu'un d'autre. Il n'y aura plus de Mme Nagier sur la boîte aux lettres. On n'a pas non plus de photo de Mme Nagier. Il ne nous reste plus que son assiette à crêpes.

Merci Mme Nagier pour vos crêpes. On essaiera d'en faire des aussi bonnes.

Publié dans Le mort de la semaine

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Kevin 31/03/2009 09:44

Je vois surtout que vous avez volé une assiette en porcelaine de Limoges à une pauvre défunte. Il y a des mots pour qualifier cela, Arno, mais la décence m'interdit de les écrire ici.

Arno 31/03/2009 09:56


A la douleur du deuil vous ajoutez le poids de la culpabilité...


fananonyme 30/03/2009 12:24

le gout des crepes a venir vous fera songer a mme nagier en tout cas elle aura eu le bonheur de communiquer avec vous!

Arno 30/03/2009 14:27


Je ne sais pas si c'était un bonheur que de communiquer avec nous, mais en tout cas, c'était plaisant.